Egéennes
Bougainvilliers de la Méditerranée,
Saignent l'ambre ivre de dix-huit heures,
Embrasent la chaux immaculée,
De Jijel à Sifné, rapt du cœur.
À Athènes, l’ombre ronge l'or de l’Acropole,
Les murs tagués battent d'un pouls clandestin,
Dès huit heures, Exárcheia arrache sa camisole
Et les scooters hurlent, bêtes vives des chemins.
Mikrolimano et ses petites demeures,
Accrochées au versant du roc stérile,
Rue Karatza, l'on voit à neuf heures,
Les navires transpercer la brume servile.
À Sarakiniko, les os de Séléné,
Boivent le soleil jusqu'à l'oubli des formes,
Exhumés des profondeurs de l'Égée,
À treize heures, reposent dans le gypse énorme.
À Adamas, le pétale de l'hibiscus palpite
Aux cris des mômes du stade adjacent,
Et dès sept heures, lorsque s'empourpre le Profitis,
Les psistarias lacèrent l'air de parfums brûlants.
À Pollonia, les coques des caïques titubantes
Somnolent dans les criques étriquées,
À midi, les clochettes tintent sous les rafales lentes,
Et les vagues céruléennes assiègent le bocage côtier.
À Nàoussa, l'or capitule aux kalderimis des ruelles,
Les citernes trônent sur les toits blanchis,
À seize heures, le sel effrite la peinture des venelles,
Où les chats se tapissent sous les porches meurtris.
L'Égée a renfermé sur moi ses doigts d'azur,
Comme jadis Néréidès sur les marins errants,
Et à minuit, constellée de morsures, je regagne désormais l'Occident.